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« Le 21ème siècle sera féminin »

L’idée lui est venue pendant le premier confinement. Comment créer un action tank, réunissant dans un même challenge des experts reconnus et 1 000 femmes de la société civile réunionnaise. 1 000 femmes qui s’accorderont pendant 21 jours d’affilée 21 minutes pour elle-même à travers la Méditation. Une idée un peu folle que Rodolphe Sinimale et son équipe a mené à son terme – pour une expérimentation originale et hors du commun et qui aura dépassé toutes ses espérances au vu du résultat et de l’engouement suscité autour de ce projet. Interview.

Grenadine : D’où vous est venue cette idée d’expérience sociétale ?

Rodolphe Sinimale : En plein confinement, j’avais l’espoir qu’après cette épreuve nous aurions formalisé la promesse d’un monde meilleur. Trois milliards d’humains qui s’arrêtent, c’est peut être une première historique ! Puis, au sortir du confinement, en sortant de chez moi, je tombe dans un embouteillage monstre: les gens faisaient la queue pour un Mac Do. Je me suis dit que la leçon n’avait pas été entendue. Mais l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse. Mon émotion du moment a été de la tristesse. J’ai alors ressenti le besoin d’agir face à l’urgence de la situation, apporter une contribution, aussi humble et minime soit-elle. Agir en tant que citoyen. Je suis juste un être humain. Je me pose des questions avec l’envie d’agir. Il m’a fallu près de 10 jours pour écrire ce programme expérimental, et monter une équipe inspirante avec cinq femmes brillantes :

  • Le Docteur Amandine Junot, chercheuse en psychologie positive
  • Eloise Fontaine, architecte, artiste et illustratrice
  • Karen Bayle, coordinatrice du projet
  • Julie Anne Landrieu, community manager
  • Véronique Lauret, experte es communication

Comment s’est articulé le projet ?

Tout est parti d’un constat. Que se passe-t-il si une femme s’accorde un peu de temps… pour elle – et en particulier en termes de bien-être et de confiance en soi. Cette expérimentation d’innovation sociétale est de se poser une question et d’y répondre avec une méthodologie scientifique à travers le vécu de 1 000 femmes.
La genèse de ce projet m’est apparue comme une évidence, à travers mon parcours et mes voyages dans plus de 25 pays. Des périples faits de rencontres avec des femmes qui donnaient tout à tout le monde. Sauf pour elle-même. Elles s’occupent de leurs enfants, de leur mari, de leur foyer, de leurs collègues, de leurs amis et s’oublient. Elles ne s’accordent jamais un moment, une pause pour elle-même. Evidemment, c’est assez subjectif, mais c’est une réalité que j’ai perçue et qui m’a beaucoup touché. J’ai constaté qu’autour de moi, beaucoup de femmes étaient des battantes. Mais elles manquaient de confiance en elle. C’est un phénomène sociétal en lien avec la place de la femme dans la société. Et c’est mondial. Nous les garçons, dès notre enfance, on nous encourage à entreprendre alors que les filles pas du tout. Mon expertise en tant qu’entrepreneur du changement, c’est de créer des programmes d’innovation sociétale, à l’échelle de la société donc, et que l’on puisse mener avec une méthodologie scientifique pointue.

L’expérience a-t-elle rencontrer un vif succès ?

Sans conteste. Au-delà de nos espérances. Ce sont au final 1 396 femmes qui ont rejoint le projet. Un record absolu pour un événement online à La Réunion. Que des bénévoles. Et nous venons tout juste de recevoir les retours des analyses scientifiques menées par la Docteure et Chercheure Amandine Junot, qui a produit les trois questionnaires répartis sur la durée de l’expérience, au début, au milieu et à la fin des 21 jours de ce challenge.

Des résultats encourageants ?

C’est tout bonnement incroyable ! Que ce soit en termes de confiance en soi, en termes de sérénité intérieure, et d’équilibre émotionnel, tous les chiffres montrent une courbe exponentielle positive. On peut clairement dire que la méditation bien menée est un cheminement extrêmement pertinent pour répondre aux défis de notre siècle. Surtout en ce moment avec cette période déstabilisante. La perte de nos libertés et de nos repères. Cela perturbe. Sans être péjoratif, cette société basée sur des valeurs matérialistes a besoin de plus de spiritualité, de spiritualité dans son sens étymologique, entendez par là, le sacré, la question du sens.

1 396 femmes qui participent, cela a dû être une vraie usine à gaz à gérer ? Un challenge incroyable avec une organisation diabolique ?

Cela a été un grand investissement personnel, professionnel et financier. Plus de trois mois d’un travail acharné. Des challenges avec des retours positifs souvent, négatifs parfois – comme lorsque la technique montre ses limites. Mais un témoignage d’une des participantes restera pour toujours à l’esprit. Un témoignage qui m’a bouleversé. Une femme réunionnaise qui cumulait toutes les difficultés inhérentes à la société réunionnaise (sociales, historiques, familiales, blessures de l’Histoire de La Réunion toujours sans réponse, violences sexuelles…) Le message de cette femme, je m’en souviens comme si c’était hier : “Rodolphe, c’est la première fois que je m’offre de l’amour grâce à ce projet…” J’en ai eu les larmes aux yeux.

Et maintenant, quid du projet ? Sur quoi cela va-t-il déboucher ?

Il est urgent que l’on agisse, chacun à son niveau, que l’on soit père ou mère de famille, étudiant, entrepreneur, pour que chacun puisse rendre le monde un peu meilleur, avec sa sensibilité. Pour que les gouttes de pluies fassent de grandes rivières.

En ce qui me concerne, il ne fait aucun doute que le 21ème siècle sera féminin. Les pays qui ont le mieux gérer la crise COVID, ce sont des femmes au pouvoir. Bien sûr, les hommes ont leur place dans le monde de demain. Mais ce sont surtout les émotions de compassion et d’amour, ces émotions qui sont biologiquement câblées chez la femme parce qu’elle donne la vie, qui sont la réponse pour le monde d’après – un monde plus pacifique, plus équitable, plus heureux.

Interview : Pierre Marchal
Photos : Pierre Marchal/Anakaopress

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