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La Covid, et après ?

La crise de la COVID 19 a été particulièrement éprouvante psychologiquement pour les personnes à plus d’un titre.

D’abord l’irruption de cette pandémie dans un foyer en Extrême-Orient a réactivé la peur de l’étranger et le revers de la médaille de la mondialisation. Celle ci n’a pas totalement effacé notre peur de l’inquiétant étranger aux mœurs bizarres et incompréhensibles.

Puis notre bulle de sécurité et de croissance indéfinie a volé en éclats pour faire place à l’incertitude, au repli sur soi et à une économie de survie.

L’information en continu a contribué à dramatiser les débats en privilégiant l’immédiateté des réactions et sans possibilité de propos pondérés et de débats apaisés. Les thèses complotistes ont fleuri sur ce terreau pour prôner la méfiance vis à vis des autorités et le repli sur soi, mais aussi au final de l’effort collectif pour répondre à la crise.

Et effectivement les clivages dans la société ont été exacerbés, entre sachants et non sachants, entre jeunes et vieux, entre protégés économiquement et ceux sans filet, entre bien portants et fragiles, entre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas. Cela a pu renforcer le sentiment d’isolement de beaucoup et de repli sur la famille.

Enfin à notre époque de productivité et de maîtrise de notre activité les flux et reflux de la pandémie s’étalant dans un temps qu’on ne peut prévoir sabordent tout projet à court et moyen terme. Il n’y a plus de carotte pour nous faire avancer avec les restrictions des activités festives.

Ces tensions traversent la société, elles traversent aussi les familles et les personnes.

Pour les personnes très anxieuses la peur de la maladie, de la souffrance et de la contamination ont exacerbé les phobies, les obsessions, les rituels de lavages et désinfections et les rituels de purification.

Certains ont été confortés dans leur attitude et disent enfin les autres vont partager mes craintes et comprendre mon isolement.

Les personnes déjà isolées ont vu leur séclusion poussée à l’extrême : le syndrome de la cabane décrit en Espagne et Italie se voit aussi à la Réunion. Des personnes ont prolongé leur confinement bien au delà des recommandations des autorités avec parfois des issues dramatiques. C’est une forme de repli sur soi dépressif.

D’autres par peur de la contamination ont cessé de sortir et ont interrompu leurs traitements avec une aggravation de leur état de santé. Certains malades en interrompant leur traitement de fond ont fait des rechutes délirantes et ont dû être hospitalisés en urgence.

Le confinement des familles a exacerbé les problématiques familiales.

Pour les cas de violence dans les couples les services sociaux ont observé une augmentation des appels d’aide.
Les tribunaux signalent un nombre accru de demandes de divorce : le déséquilibre des tâches dans le couple aurait été mis en exergue et cela aurait été un déclencheur pour beaucoup de femmes .

Le stress mais aussi l’inactivité ont provoqué un recours accru aux addictions de substances mais aussi aux jeux vidéos.

Pour de nombreux mois les enseignants devront travailler dur pour remettre à niveau les élèves qui n’ont pas réussi à étudier seuls.

Cette crise de la COVID-19 laissera une trace profonde dans la société et les esprits. Elle nous aura rappelé des fondamentaux comme la nécessité de maintenir des activités stratégiques en France (fabrication des médicaments et matériels sanitaires), le maintien d’une cohésion sociale forte et la promotion d’une citoyenneté active, un dialogue démocratique respectueux de tous et du travail de chacun.

Faisons en tous une chance pour refonder notre vivre ensemble !

Docteur Athanas Achminov
Psychiatre

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