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Jeanne Loyher, femme de challenges

Femme de projets et de caractère, battante et gagnante en série, Jeanne Loyher est avant tout une travailleuse insatiable. Entrée dans la carrière en qualité d’infirmière, elle dirige aujourd’hui l’ensemble des centres de dialyses Clinifutur à La Réunion, Mayotte et Dakar. Un parcours aussi impressionnant qu’inspirant…

Son travail, c’est la santé

A 7 ans, Jeanne Loyher a passé un an à l’hôpital, suite à un grave accident. « Je pense que c’est ce qui a suscité ma vocation : j’ai toujours été animée par le désir de prodiguer des soins. J’ai envie de faire avancer la santé, d’aider les autres », explique-t-elle.

Son parcours en est la preuve et l’illustration. Infirmière pendant 16 ans, dont 10 en « réa », la jeune femme ne tarde pas à se révéler « femme de projets ». Son expérience au service des grands brûlés l’amène à participer à la création du centre qui leur est dédié, au CHU de La Réunion, idem s’agissant de son implication dans la création du service de gastro-entérologie.
Curieuse et ambitieuse dans le bon sens du terme, elle éprouve le besoin et la nécessité de progresser, d’élargir son champ de compétence et de faire de son expérience une plus-value. Jeanne Loyher sort de sa zone de confort professionnelle et s’engage dans un cycle de formations diplômantes – en métropole, au Canada, en Espagne – pour acquérir de nouveaux savoir-faire : management, administration, gestion des ressources humaines… Elle a su prendre le risque de partir pour tenter sa chance, se mettre à l’épreuve, multiplier diplômes et compétences… pour revenir, plus forte, plus haut…

Expert-visiteur à la HAS durant 15 ans, elle réalise les visites de certification des établissements de Santé en France, exception faite de La Réunion, principe d’impartialité oblige. « Cette expérience m’a permis d’affirmer mes exigences, de développer une vision globale, d’apprécier la qualité et le niveau de mes prestations », confie-t-elle.
Depuis, elle a pris la direction des sociétés de dialyse Océan Indien du Groupe Clinifutur (SODIA à La Réunion) et créé les trois centres de dialyse de Mayotte (MAYDIA). Sa responsabilité s’exerce donc sur six centres certifiés par la HAS et agréés ISO 9001, sans oublier l’implantation du futur centre de Dakar et la société ENOVA, établissement de formation pour les professionnels de santé.
« Je travaille dans le secteur privé, mais nous prodiguons un service de santé publique, car il n’existe aucune discrimination en matière de patients et de soins. Avec Clinifutur, nous sommes historiquement inscrits dans une philosophie de coopération Privé/Public en Santé ; j’y tiens tout particulièrement, car à La Réunion et à Mayotte en particulier, la complémentarité Privé-Public épouse étroitement l’impératif de solidarité sanitaire qui relativise les querelles de chapelle. Ce principe de coopération pragmatique sera mon cheval de bataille… si je me présente sur une liste aux régionales. » Une remarque qui vaut plus qu’une hypothèse, car Jeanne Loyher parvient à filer une activité politique constructive : elle a été précédemment élue conseillère municipale à St-Denis et vice-présidente de la CINOR, où elle s’occupait… de coopération et de développement économique.

« Tout se maille dans une cohérence générale… Je ne vais pas m’engager dans des activités ou des responsabilités qui ne seraient pas en phase avec ce que je vis, ce que je suis, et pourquoi je le fais. Je travaille donc beaucoup et je pense avoir développé une vision, un projet utile pour les Réunionnais », affirme-t-elle.

Travailleuse acharnée

« Mon parcours procède du fait que je suis curieuse de nature. Je dors peu, donc je travaille beaucoup et tout m’intéresse. Je suis avide de connaissance, je m’ennuie rapidement, il faut que j’apprenne, que j’aille chercher, qu’on avance. D’ailleurs, je ne prends jamais de vacances, ou alors j’en profite pour suivre des formations, c’est peut-être un défaut… », plaisante Jeanne Loyher.

Elle compare la carrière à un bol que l’on façonne : on part de presque rien, de la terre, et on travaille et travaille encore. « Il faut y croire, arriver à un résultat qui peut être beau, adapté à ce qu’on a envie d’être et d’offrir. Le partage. C’est ça qui m’intéresse : le partage s’entretient, se nourrit… ».

Ce qui la motive et la fait tenir ? « La passion, la clairvoyance et l’Autre. Il faut déjà être convaincue pour être convaincante et ensuite convaincre. Parce que forcément, je n’avance pas seule : j’ai toute mon équipe, le groupe et mon personnel avec moi. Ça se façonne. Tout est vu, préparé, cadré, encadré. J’ai la tête sur les épaules. »

Novatrice et fédératrice

Jeanne Loyher aime collaborer, trouver des solutions. « J’ai la chance de toujours rencontrer les personnes qui mettent le doigt sur des points que je peux développer, précise la directrice. C’est assez fluide et instinctif. J’ai quelques mentors qui m’ont épaulée et amenée à m’engager sur des pistes pertinentes et très positives, et porteuses d’avenir ».
Elle est également une femme de challenge. « Je sais où aller et les choses me paraissent claires. Je m’entoure de collaborateurs très intéressants, super intuitifs aussi, qui me suivent et me font confiance. C’est important parce qu’on n’arrive à rien seul : tout est histoire d’être ensemble », explique celle qui porte une attention particulière à la qualité de vie au travail de ses équipes.

C’est ainsi que Jeanne Loyher et son équipe ont décroché le prix national de la Fédération Hospitalière Privée pour un dispositif innovant : envoyer des soignants réunionnais à Mayotte plutôt que déplacer les patients mahorais à La Réunion pour la réalisation d’actes de chirurgie circulatoire délicats – l’implantation de fistules artério-veineuses indispensables à la dialyse – entre autres. « Toute l’équipe a été heureuse de recevoir ce prix. Cette action était ciblée, car vitale, urgente, hyper-technique, pointue au niveau logistique, exemplaire en termes de coopération Privé-Public, reproductible et pédagogique : ça veut dire qu’on peut la reconduire où que ce soit » se réjouit-elle.

Mère de famille

Jeanne Loyher est peu loquace sur sa vie personnelle. Mais on ressent toute sa fierté quand elle parle de sa famille. « Trois beaux garçons » – l’un chasseur, pilote sur Mirage 2000, aujourd’hui passé chez Air Austral, un autre restaurateur et chef apprécié, enfin un troisième, docteur en recherche à New York.
On ressent également son émotion quand elle aborde une période douloureuse de sa vie : celle où elle a vu disparaître coup sur coup mère, père puis mari. « Le message, c’est que rien n’est acquis et que tout bouge dans la vie. Grâce à mon mari, j’ai réussi dans ma vie professionnelle, il m’a toujours soutenue. Seule, ça n’aurait peut-être pas été possible, il a vraiment accompagné mon développement, s’est occupé des enfants quand je suis partie me former, c’était un vrai partenaire, un équipier, en sus d’être un père ».

Autre période délicate de sa vie : « quand vous laissez vos enfants pour partir… d’aucuns s’autorisent à vous montrer du doigt, vous considèrent comme une mère indigne… C’est dur. Pourtant, « partir » donne une ouverture d’esprit. Je pense que si vous voulez alimenter votre « bol de connaissance », sortir du lot, il faut tisser des liens ailleurs. Il faut aller chercher, écouter, demander, créer… toujours. Etre en permanence un guetteur et un éclaireur, en éveil ». Une vision que Jeanne Loyher a visiblement inculquée à ses enfants, qui « ont tous réussi » et s’en sont allés, à un moment, pour revenir plus grands, plus forts, accomplis. A chacun son Odyssée…
Un bel exemple de femme stratège, indépendante et déterminée, à découvrir plus intimement à la sortie de sa biographie…

Femme… stratège

Management, politique, conseils d’administration… Jeanne Loyher évolue souvent dans un environnement masculin. Pourtant, « les histoires de parité Homme-Femme, les quotas électifs, comme Elisabeth Badinter, je n’y adhère pas. Initialement le concept même de citoyen, dans la constitution, n’était pas sexué ou « genré » pour user d’un terme à la mode. L’égalité civique, juridique ne se marchande pas, et je ne vois pas pourquoi il faudrait interdire un jour une assemblée, nationale, ou autre, à majorité féminine sous prétexte de quotas. Les quotas sont des incisions discriminatoires dans le concept d’Egalité. On n’a pas à être élu.e.s par défaut, pour boucher les trous des quotas, assumer des responsabilités électives ou exécutives dans le privé.
Etre une femme ne fait pas de moi la représentante d’une minorité discriminée à placer sous tutelle. Je pense qu’il faut être fier de ce que l‘on est, femme ou homme, et s’agissant de choix, compétent, pertinent. Aujourd’hui, je conçois qu’il existe encore des déséquilibres femmes/hommes. Cela nous oblige, comme noblesse oblige, à être meilleures, plus efficaces, plus intervenantes, car la vie est compétition. Et sans doute faut-il être plus « diplomate » pour l’emporter, ce qui ne signifie pas être faible. La diplomatie permet de remporter des « guerres », de faire adopter un projet, sans dégâts collatéraux, par conviction… Il faut être persévérant, mais j’ai un caractère tenace ! A qui sait attendre le temps ouvre ses portes ! »

Les mots de sa vie

« Exigeante », avec elle-même comme avec ses équipes
« Prévoyante » et « sécuritaire », du fait de la responsabilité qu’elle assume vis à vis de ses patients et collaborateurs
« Travailleuse »
« Altruiste »
« Clairvoyante » : une vision globale permet de prendre des décisions rapides et justes.

Une femme d’action

En 2021, Jeanne Loyer assume un ensemble de responsabilités arrachées à force de travail :
Directrice des sociétés de dialyse Océan Indien du Groupe Clinifutur
Directrice générale d’Enova (formation continue, audit et consulting)
Membre du conseil d’administration de la Fédération des entreprises d’Outre-mer FEDOM Paris
Membre du conseil d’administration de la Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP) Rein
Membre du conseil d’administration de la Fédération de l’Université de La Réunion
Fondatrice et marraine de l’Association des Dialysés et Greffés de l’Océan Indien (ADGOI), créée en 2009
Membre de la commission de certification des établissements de santé à la HAS depuis septembre 2020
Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur

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